J’aurais pourtant tant voulu connaître ma mère et ma famille

Si vous saviez comme j’aimerais pouvoir voyager dans le temps, pour effacer à tout jamais ce cauchemar qui m’habite et me hante au quotidien. Pourquoi n’ai-je pas pris le temps nécessaire pour assurer la réussite de ce projet qui me tenait tant à cœur depuis de si nombreuses années. Pourquoi, pourquoi et encore ce pourquoi qui me tambourine le tympan inlassablement. Comment se fait-il que moi, habituellement si calme et posée, rigoureuse, dotée d’une bonne analyse dans les diverses situations de la vie, et surtout très respectueuse d’autrui, comment ai-je pu me travestir de la sorte, et saboter le plus beau projet de ma vie. Laissez-moi vous raconter mon histoire, et s’il vous plaît, prenez le temps de la lire, de la comprendre et de la vivre avec moi, car je ne vous souhaite pas de vivre à votre tour un tel cauchemar.

J’avais tout en main. J’avais obtenu mes antécédents sociobiologiques du Centre jeunesse de ma région d’adoption, j’avais de très bons résultats suite à un test ADN passé, et ce, grâce à une généalogiste qui avait travaillé très fort pour m’aider, car ce domaine m’était inconnu. J’avais également eu la chance d’intégrer un groupe de support et d’accompagnement, dans lequel j’y ai trouvé des frères et des sœurs d’adoption, et pour moi, ces moments étaient transitoires en attendant de trouver mes frères et sœurs biologiques ainsi que ma famille. Pourtant, j’avais eu l’occasion de lire dans cette grande famille, des témoignages au quotidien. Ces derniers m’interpellaient beaucoup; certains étaient très positifs, et d’autres avaient dérapé. Des rappels quotidiens me faisaient comprendre que le temps, la patience, la persévérance, le respect étaient des attributs incontournables pour la réussite de ce beau et grand projet de vie. Ce groupe m’a aidé à cheminer tout au long de ma route; j’avais enfin réussi à accepter ma situation d’adoptée, et surtout j’avais enfin compris le contexte de vie où mon histoire avait débuté ainsi que celle de ma maman en 1955. J’avais bien cheminé, et j’étais parvenu à lui pardonner après de si nombreuses années.

J’avais pourtant l’impression d’être en contrôle, mais avec le recul, je sais aujourd’hui que je ne l’étais pas du tout. J’étais intérieurement survoltée, fébrile et très émotive, je dois me l’avouer, car sinon, la route du pardon ne me sera pas accessible. J’avais la conviction que mon témoignage à moi allait être positif, auprès de mes frères et sœurs d’adoption. J’ai omis de prendre note des témoignages qui expliquaient la déroute de certains projets par l’empressement et l’émotivité. J’ai aussi oublié qu’à la première porte sonnée, elle pouvait se refermer aussitôt, et le jeu du domino pouvait suivre. Moi j’étais prête, mais mon vis-à-vis l’était-il? Lui, il n’avait pas eu toutes ces années pour se préparer à une telle éventualité. Qu’on pense ici à un cousin, cousine, beau-frère, belle-sœur, oncle ou tante. Cette personne  n’est pas automatiquement synchronisée à ma vitesse, et c’est bien normal. Je croyais que le fait de graviter en périphérie dans l’univers de ma mère était génial.

 Eh bien non, ça ne l’était pas, et un jeu de domino incontrôlable s’est joué, et j’ai vite réalisé que ce n’était plus moi qui avais les dés en main. Que cette partie fut longue, pénible et laborieuse. Après avoir mis à jour les règles du jeu que j’avais moi-même instaurées innocemment, j’essayais de gagner en vitesse, interpellant plus d’une personne, car j’avais plusieurs atouts en main, mais je ne pouvais plus contrer le jeu. Le réseau se parlait, communiquait et se protégeait de l’intrus, de cette menace qui voulait ébranler la structure si bien établie depuis une cinquantaine d’années. Cette menace qui voulait mettre à jour les secrets de famille, déterrer un passé sombre et souvent encore douloureux, où le déni de ce passé avait dû être fait pour y survivre.

Je n’ai pas été en mesure de modifier la donne, et j’ai perdu énormément. J’ai bien tenté de faire appel à un intermédiaire, mais les dés étaient bel et bien jetés et pipés, et malgré toute ma volonté et la sienne, on ne pouvait plus faire marche arrière; j’avais créé l’inévitable. Comment avais-je pu oublier cette carte maîtresse qui fait pourtant partie de mes valeurs; le Respect. Pourquoi suis-je allé si vite, alors que ce projet est latent depuis si longtemps. Pourquoi ai-je bousculé les choses et les gens, alors que peut-être deux mois auraient pu m’amener sur la route du succès. Depuis bientôt six mois, j’essaie d’apprendre à vivre avec la dérape de mon projet de vie, et  je dois arriver à me pardonner. La vie doit continuer et qui sait, peut-être qu’un jour, une porte s’ouvrira à nouveau. Au final, j’ai appris beaucoup de cette expérience, et je demeure confiante en l’avenir.

Pour vous, qui croyez avoir les cartes en main pour enfin réaliser votre projet, voici ce que je vous suggère pour mener à bien ce dernier. Utilisez un intermédiaire. Je vous entends vous poser la question à savoir qui pourrait jouer ce rôle? Je vous suggère un intermédiaire expérimenté, neutre et reconnu. Je pense ici au Mouvement Retrouvailles (adoptés-non-adoptés-parents), organisme sans but lucratif, existant depuis 1983. La seule condition sera de se procurer sa carte de membre, et l’expertise sera mise à la contribution de votre projet. Imaginez si j’avais utilisé ce service qui était là à ma portée. N’est-il pas mieux de recevoir une lettre d’un organisme connu et reconnu dans le domaine, qu’un téléphone inattendu et trop souvent bouleversant, à partir duquel la spontanéité s’impose. La réception d’une lettre respectueuse et bien formulée, permets un respect du destinataire, car il a le privilège de prendre du recul, de vérifier la validité de l’expéditeur, lui donnant également la possibilité de faire toutes les vérifications qui s’imposent, lui donnant le temps de recul nécessaire face à une telle démarche. Les premiers jalons de l’établissement d’une éventuelle relation de confiance sont dès lors établis. Évidemment, une telle démarche comporte plusieurs étapes qu’il n’est pas nécessaire d’énumérer ici, mais vous pouvez voir que cette alternative est très certainement une ressource importante pour réaliser votre projet dans la sérénité.   1-888-646-1060

Voilà, j’ai porté à votre attention cette expérience qui je l’espère sera bénéfique pour vous.

Si cette histoire vous a plu, n’hésitez pas à la commenter, que vous soyez une personne adoptée ou non adoptée actuellement en recherche ou en voie de l’être, un parent adoptif, un parent biologique ayant dû confier un ou des enfants en adoption, un membre d’une famille adoptive ou biologique, ou tout simplement une personne intéressée par cette réalité, nous aurons plaisir à vous lire.

P.S.  Cette histoire n’est pas la mienne, et j’espère qu’elle ne sera jamais la vôtre…

        Manon Bélanger

Catégories :Adoption

6 réponses

  1. J’ai lu votre histoire… la mienne semblable en de nombreux points… sauf la « chute » ;Une famille m’attendais depuis 65 ans… je n’arrive pas encore à y croire… ma mère bio.était DCD depuis quelques années, mais j’ai trouvé une famille ! enfin…

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    • Bonjour Isabelle. Je suis heureuse que la chute ait été différente pour vous, et que vous ayez enfin pu trouver une famille. Je vous souhaite une belle continuité sur cette belle route et je vous remercie d’avoir pris le soin de partager un commentaire, au plaisir.

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  2. Merci Manon pour ce partage archi important, pertinent mais combien triste! On ne le dira jamais assez: « Il faut donner du temps au temps. » C’est une lettre qui, une fois de plus, nous démontre, qu’on le veuille ou non, qu’il faut marcher à pas lents sur la route des retrouvailles et la patience est notre meilleure alliée.

    Les gens habitués maintenant aux réseaux sociaux, qui en un clic ont des réponses, vont devoir y aller tout en douceur et ne pas rechercher pour hier car, dans ce long parcours, plus nous arrivons près du fil d’arrivée, plus il faut ralentir. Il faut savoir gérer une montagne russe d’émotions et, plus on approche des retrouvailles, plus on doit se répéter de respecter le rythme de l’autre partie qui elle, ne recherche pas depuis plusieurs années, bien souvent, et même n’a fait aucune recherche étant dans le secret. On peut lui faire peur, la faire reculer parce qu’elle se sentira envahie. Il faut y aller un pas à la fois sur la route des retrouvailles car, comme je dis et j’écris souvent, on ne veut pas retrouver, pour perdre à nouveau. Notre attitude peut changer l’issue des retrouvailles alors, il est très important de réfléchir avant d’agir. L’impulsivité est bien mauvaise conseillère.

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    • Que de sagesse dans ce beau commentaire Marthe et je t’en remercie. Il reste maintenant à espérer que les personnes actuellement en quête de leur identité saisissent bien l’importance du respect du rythme de l’autre partie, et fasse preuve de patience près du fil d’arrivée. Merci d’avoir pris le temps de commenter, c’est fort apprécié…

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  3. J’ai fait affaire avec le mouvement retrouvailles et je ne le regrette pas une seconde. Justement, le fais d’avoir passé par eux, m’a certainement donné beaucoup de chance de réussir m’a rencontre avec ma famille biologique.
    Merci a eux.
    Comme le dit Mme Belanger dans son temoignage. De son côté elle c’etait preparer depuis plusieurs années, non pas ceux qu’elle a contacté. Ils n’étaient pas synchronisés.

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