Connaitre enfin le nom de sa mère biologique

Connaître enfin le nom de sa mère biologique

Publié le vendredi 27 juillet 2018  Radio-Canada

Un texte de Myriam Fimbry, à Désautels le dimanche

Capture de Paule Allen et sa fille

Paule Allen et sa fille Valery

Paule Allen fait partie des toutes premières personnes à obtenir le prénom et le nom de leur mère biologique en vertu de la loi 113, entrée en vigueur le 16 juin au Québec. Elle attendait ce moment depuis plus d’une décennie. Lors de notre rencontre, elle venait d’avoir cette information depuis la veille seulement. Témoignage.

Paule Allen en a des frissons lorsqu’elle en parle. Sa mère biologique a maintenant un nom et un visage. Cette femme qu’elle n’a jamais connue, mais qu’elle savait décédée depuis quelques années.

Elle ne pourra pas prendre sa mère dans ses bras comme elle l’aurait souhaité, mais connaître son prénom et son nom change tout. C’est ce qui lui permet de démêler l’écheveau de ses origines.

Assez facilement, sur un site Internet consacré aux défunts, Paule Allen a trouvé la nécrologie de sa mère, illustrée d’une photo. Pour la première fois, elle contemple son visage.

« Je m’attendais à voir plus de ressemblances », dit-elle avec une pointe de déception. « Souvent dans les salons funéraires, on dit que telle fille est la copie conforme de sa mère. Moi, je ne suis la copie conforme de personne. Je trouve ça dur, de ne ressembler à personne. »

Avec sa fille aînée, Valery, Paule s’assoit dans le jardin. Toutes les deux observent davantage le portrait. « C’est une photo de photographe. Habituellement, c’est lors d’occasions spéciales. Un soixantième anniversaire? Ou un anniversaire de mariage? » tente de deviner Paule Allen. « Au fur et à mesure qu’on la regarde, on a l’impression qu’elle nous regarde et puis qu’elle veut nous dire quelque chose. » Mais quoi?

La note biographique de la mère défunte donne le nom du mari, son père biologique. Il y a aussi les noms de plusieurs personnes de la famille immédiate laissées dans le deuil.

Pour Paule, ce sont des frères et sœurs, des oncles et tantes, dont elle lit et relit les noms et qu’elle s’imagine déjà rencontrer un jour. Cette page qu’elle a aussitôt imprimée lui fournit un emploi à temps plein de détective pour les prochains jours ou les prochaines semaines.

Pourquoi mettre tant d’efforts là-dessus? « Ce lien-là, avec la famille biologique, est tellement fort, qu’il faut le vivre pour comprendre. Les personnes qui ne sont pas adoptées ne comprennent pas. »

C’est plate quand, dans un puzzle de tant de morceaux, il t’en manque un! Puis c’est le morceau central qui manque, ce n’est pas un coin. Je ne peux pas le prendre, le mettre dans un cadre, puis l’afficher au mur. C’est un morceau qui manque.

 Paule Allen

L’abandon

Née à Québec, adoptée à 3 mois, Paule Allen a grandi dans une famille aimante de Trois-Rivières. Quand ses parents adoptifs sont décédés, elle a voulu en savoir plus sur ses parents biologiques. Elle a présenté sa demande au Centre jeunesse de Québec en 2005.

Cette démarche lui a permis d’accéder à certaines informations. Sa mère a accouché d’elle à 17 ans. N’étant pas mariée, elle a mis le bébé en adoption. « Mais j’étais un bébé d’amour! » s’exclame Paule Allen. Son père et sa mère biologiques se sont mariés peu après et ils ont eu d’autres enfants.

Lorsqu’elle a cherché à les retrouver, ces derniers ont refusé, après un temps de réflexion. Ils en ont pleuré, selon ce que lui a dit la travailleuse sociale. Le sujet était resté tabou dans la famille.

C’est à ce moment-là que Paule Allen a vécu le véritable abandon.

« Dans ces temps-là, en 1959, c’est ce qui arrivait [lors d’une grossesse hors mariage] : tu te faisais avorter cachée ou tu le gardais puis tu le mettais en adoption. » Elle explique que ses parents biologiques n’ont pas voulu la rencontrer parce que leurs autres enfants ne connaissaient pas son existence.

« J’ai trouvé ça dur. Le rejet, c’est là que je l’ai vécu. »

 Le plus beau cadeau

Aujourd’hui, plus que tout, elle espère que son père acceptera cette fois de la rencontrer. Maintenant qu’elle a trouvé son nom par déduction. Elle voudrait au moins une fois le serrer dans ses bras.

Moi, je suis prête à recevoir cette grande famille. Je suis prête à les connaître. Puis mes enfants sont prêts à les connaître aussi.

 Paule Allen

Sa fille aînée, Valery D’amour, 35 ans, a des sentiments partagés. « On est heureux, puis en même temps on a peur d’un autre refus, d’un autre rejet. En fait, j’ai plus peur pour ma mère que pour moi », confie-t-elle.

Info-Adoption submergée d’appels

Des milliers de demandes ont afflué dès la première semaine au centre jeunesse de la Montérégie, chargé de centraliser les appels de toute la province. L’équipe centralisée Info-adoption a ouvert 5000 dossiers. Une cinquantaine de demandes ont reçu une réponse pour l’instant : un nom et un prénom.

Dans un premier temps, c’est seulement l’identité des parents décédés qui peut être révélée. Pour les parents encore vivants, il faudra attendre un an, pour leur laisser le temps d’exprimer un éventuel refus. (Échéancier fixé au 18-06-2019).

Catégories :Adoption

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