La loi 113 concerne tous les Québécois

Image à la uen origines

La loi 113 concerne tous les Québécois

Elle est l’aboutissement d’une page de l’histoire du Québec et l’histoire concerne tous les Québécois.

Depuis le 18 juin dernier, la loi 113 a été mise en vigueur au Québec. Cette loi a été instaurée afin de donner un meilleur accès aux origines pour tout enfant adopté. Rappelons ici qu’entre 1920 et 1970, 300,000 enfants ont été séparés de leur mère suite à leur naissance, selon les statistiques. Dans les faits au Québec, 1.3 million de personnes seraient directement concernées, soit 300,000 enfants devenus adultes, 600,000 parents d’origine, et 400,000 parents adoptifs, sans compter les grands-parents, les frères, les sœurs, les oncles et tantes, et tous les descendants. Je vous laisse ici le soin de faire le calcul des personnes réellement concernées.

 Ce qu’il faut se rappeler      Un survol en résumé

La période de la Grande Noirceur au Québec (période sombre de notre histoire)

Au Québec, on pourrait blâmer le caractère discriminant de la Loi d’assistance aux mères nécessiteuses, adoptée en 1937 par le gouvernement Duplessis, qui refusait pour des raisons morales de secourir les mères célibataires.

Le statut d’enfant illégitime qui a figuré dans le Code civil jusqu’en 1980, statut accordé à ceux et celles qui naissaient hors mariage, doit aussi être rappelé à notre mémoire.

Ces femmes  se sont fait enlever leurs enfants, avec l’appui de tous les ordres de gouvernement et de tous les groupes religieux. Les travailleurs sociaux refusaient systématiquement de fournir aux mères des renseignements sur des ressources qui auraient pu leur venir en aide pour exercer leur rôle de mère, même celles qui exprimaient vouloir être mères envers et contre tous.

Des bébés ont été enlevés à leur mère presque immédiatement après la naissance. Certaines femmes sous sédation pendant l’accouchement n’ont jamais vu leur enfant. D’autres se sont fait dire que leur bébé était mort. Il y a toujours des mères qui ignorent si elles ont donné naissance à un garçon ou à une fille.

Entre les années 1940 et 1970, plus de 300,000 femmes non mariées ont été forcées de donner leur bébé en adoption. Souvent rejetées de leur famille, nombre de ces femmes qui avaient désespérément besoin d’aide se sont retrouvées dans des foyers financés par l’État et gérés par les grandes institutions religieuses, où elles étaient cachées et traitées comme si elles avaient fait quelque chose de mal.

Au Québec, sous les mandats de Maurice Duplessis, de nombreux enfants confiés à l’adoption ont été à tort diagnostiqués « arriéré mental » et internés en institution  psychiatrique.

Les communautés religieuses, sous-pression du cardinal Léger, se plient à ces nouvelles conditions. Si le gouvernement du Québec propose de transformer des orphelinats en hôpitaux psychiatriques, c’est parce qu’il trouve son compte dans ces importantes subventions que verse le gouvernement du Canada. Alors qu’un orphelin fait percevoir à l’Église 0.70$, un arriéré mental lui fait toucher 2$.L’Église fait le choix de l’argent, mais encore faut-il que ces orphelinats fraîchement déclassifiés en hôpitaux psychiatriques soient peuplés de « fous ». C’est là qu’on va décider de falsifier le dossier de ces enfants.

Durant cette période de la Grande Noirceur, un trafic de nourrissons va naître, entre le désespoir de certaines familles et l’appât du gain pour d’autres. Madame Monique Fournier a étudié cette période peu connue de l’histoire de l’adoption au Québec, dans le cadre de la série et du documentaire « Le Berceau des Anges », une des rares créations audiovisuelles à traiter de ce sujet encore confidentiel.

On estime à un millier le nombre de bébés vendus au Québec, dans d’autres provinces ou à l’étranger, mais ils pourraient être plus nombreux. Des bébés catholiques ont été transformés en bébés juifs durant La Grande Noirceur, et il y a eu un trafic d’enfants entre Montréal et New York. De riches Américains payaient jusqu’à 10,000.$ pour adopter un enfant.

 Éléments qui complexifient la recherche des antécédents biologiques

BAC= Bibliothèques et Archives Canada

Il n’y a pas de dépôt central pour les documents relatifs aux orphelinats au Canada. En fait, plusieurs documents ont été détruits quand les orphelinats ont fermé leurs portes. Alors BAC n’a pas beaucoup de documents de ce type.

Entre 1889 et le début des années 1930, les églises et les organisations philanthropiques basées au Royaume-Uni ont envoyé plus de 100,000 orphelins abandonnés et indigents enfants au Canada,   BAC

En règle générale, avant que les autorités provinciales n’interviennent dans les dossiers d’adoption ce qui s’est fait graduellement au cours de la première moitié du XXe siècle, les enfants étaient placés chez des amis, des voisins ou des parents sans que les autorités gouvernementales  créent de dossiers. BAC

Le ministère de la Défense nationale avait coutume d’émettre un certificat de naissance (DND419) pour les enfants du personnel militaire nés à l’extérieur du Canada. Par contre, ces certificats n’ont jamais pu servir de preuve légale de naissance, et on a cessé de les émettre. Les certificats de l’enregistrement de la naissance à l’étranger ne sont aussi plus émis. BAC

Suite à votre lecture, vous pouvez constater que la recherche des antécédents pour les adoptés n’est pas facile. Des mensonges, des falsifications de documents de naissance, des trafics de bébés, des adoptions à l’extérieur de la province, des dossiers détruits, falsifiés ou carrément jetés, des changements relatés par Bibliothèque et Archives Canada, des mamans qui croient leur bébé mort, des mamans qui ne savent pas le sexe de leur enfant, certaines mamans qui étaient tellement ostracisées et malmenées, n’ont peut-être pas donné les bonnes informations dans leur dossier, et pourquoi pas, des personnes qui volontairement n’auraient pas consigné les informations transmises par la mère. Il ne faut donc pas s’étonner que certains parents demeurent introuvables.

Oui, il y avait les mœurs religieuses de l’époque, la mainmise du politique, l’appât du gain par le capital humain, l’ostracisme social envers les mères, mais il y a aussi eu les parents répudiant leur fille enceinte, des garçons prenant le large et n’assumant pas leur paternité, des employeurs refusant d’embaucher une mère célibataire, l’absence d’éducation sexuelle, la criminalisation de la contraception, et on pourrait poursuivre cette liste.

 Qu’a fait le gouvernement pour soutenir l’entrée en vigueur de la loi 113

 Il a mis sur pied un guichet unique, situé en Montérégie, où une équipe de huit intervenants doivent répondre aux demandes des adoptés. Dès la première semaine, 14,000 demandes ont été faites.

Il a élaboré une publicité qui circule quotidiennement à la radio et à la télévision destinée aux parents afin de les informer que s’ils veulent préserver la confidentialité dans leur situation, ils doivent communiquer à tel numéro, car sinon, le 19 juin 2019, les enfants auront droit à leur identité.

Une telle publicité n’aide en rien ces mères meurtries, jugées et laissées à elles-mêmes, mises au banc des accusées, humiliées et victimes d’ostracisme (rejet hostile par une collectivité. Elle n’aide aucunement ces survivantes de même que les adoptés. Il aurait dû y avoir un préalable; une période réparatrice pour ce passé scabreux et ses victimes. Si le gouvernement voulait faire qu’une publicité, elle aurait pu être toute autre.

Il y a également des ratées dans cette loi, qui nous l’espérons seront corrigées. En attendant, la population est vieillissante, les adoptés concernés avancent en âge, certains nécessitent d’avoir leurs antécédents médicaux souffrant de maladies graves, sans parler des parents d’origine déjà décédés, très malades ou en fin de vie.

Bon nombre d’adoptés finissent par se tourner vers divers types de recherches personnelles pour tenter d’accéder à leurs origines, notamment à des tests d’ADN et les réseaux sociaux. Pourquoi doivent-ils faire de telles démarches alors que pour plusieurs la réponse est là, dans leur dossier d’adoption, au regard de l’intervenant qui traite la demande, mais qui ne peut informer son requérant. Ce dernier tourne les pages du dossier, les pages de l’origine de la vie de son usager, sans pouvoir lui révéler la vérité.

 Pourquoi sommes-nous tous concernés?

 Vous qui avez pris le temps de lire cet article, êtes-vous assuré de ne pas être concerné par la situation des adoptés du Québec? Connaissez-vous une personne adoptée, un parent qui n’a pas pu assumer la garde d’un enfant, ou une personne n’ayant pas vécu dans sa famille et n’ayant jamais été adopté? Êtes-vous un parent qui n’a pu assumer la garde de son enfant? Pourriez-vous être un frère, une sœur, un cousin  ou une cousine d’un enfant qui a fait l’objet d’une adoption? Êtes-vous convaincu qu’il n’y a pas de situations d’adoption dans votre famille? Si vous répondez non à toutes ces questions, avez-vous de l’empathie face à tous ces Québécois concernés? Si vous êtes interpellé par une personne qui tente de trouver ses antécédents, aidez-la de votre mieux, en comprenant sa démarche et en l’aidant si vous détenez des informations. Si vous êtes un parent, manifestez-vous, pour vous-même et pour votre enfant. Vous savez maintenant que l’enfant qui veut trouver ses origines, ne juge pas son parent, car il connaît et il comprend le contexte de sa naissance.

 Manon Bélanger auteure

 Ma page Facebook    Manon Bélanger auteure

 Mon blogue sur le web   ninoireniblanche.com

 

 

 

Catégories :Adoption

8 réponses

  1. Très bel article encore une fois. Vous décrivez exactement ce qui se passe présentement. Merci de tout coeur de penser à nous. Maintenant faudrait envoyer ce papier au gouvernement.

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    • Oui, en effet cette période sombre de l’histoire est terrible, pour l’enfant, pour sa mère. et pour la société en général. La légalité n’a pas de frontière, quand les forces en présence sont l’Église associé au pouvoir politique. Incroyable, que de telles actions aient perduré pendant plusieurs décennies…

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