Un autre témoignage d’un orphelin de Duplessis

Hervé Bertrand

Un orphelin de Duplessis a même dû être opéré après une agression sexuelle particulièrement violente

SARAH-MAUDE LEFEBVRE

Jeudi, 23 juin 2016 23:00  Journal de Montréal

Hervé Bertrand a mis des années pour se remettre­­ des mauvais traitements dont il a été victime alors qu’il était interné comme orphelin­­ de Duplessis.

 Hervé Bertrand n’avait que 14 ans lorsqu’un employé de l’institut religieux où il avait été placé l’a agressé sexuellement si violemment qu’il a dû être hospitalisé pendant un mois.

Encore aujourd’hui, l’homme de 73 ans ne peut se remémorer cette agression sans éclater en sanglots.

«C’est à cause de l’Église que tout ça est arrivé. Elle ne m’a pas protégé. Ça m’a hanté toute ma vie.» M.Bertrand est l’un de ces milliers d’enfants connus sous le nom d’orphelins de Duplessis. Abandonné dans un orphelinat seulement deux jours après sa naissance, il n’a jamais connu ses parents.

De ses premières années de vie à l’orphelinat et à l’école Mont-Providence, à Montréal, Hervé Bertrand conserve toutefois des souvenirs «heureux».

 « Débilité mentale »

C’est seulement en 1955, à l’âge de 12 ans, que sa vie bascule. Sous le gouvernement de Maurice Duplessis, la vocation de l’école est changée pour devenir un institut psychiatrique.

«Une religieuse a fait le tour des classes pour nous annoncer qu’on avait été classés comme des fous. Les autres sœurs étaient en larmes. Le décor a changé du jour au lendemain: barreaux aux fenêtres, portes barrées, etc.», évoque M. Bertrand.

Dans le dossier médical que ce dernier a conservé et qui date de 1955, on peut lire que l’adolescent souffrait de «débilité mentale». Un faux diagnostic que M. Bertrand a réussi à faire invalider par l’hôpital Rivière­­-des-Prairies en 1994. «C’était important pour moi de rétablir la vérité.»

Plus de 60 ans après avoir été interné dans un orphelinat, Hervé Bertrand conserve encore jalousement tous les papiers témoignant de son passage dans l’établissement: certificat de santé, dossier médical et même son diagnostic de «débilité mentale».

«Je pensais avoir été envoyé à l’abattoir. En plus des mauvais traitements, je travaillais douze heures par jour, sept jours sur sept, à entretenir une salle où se trouvaient 20 bébés.»

 Agression sauvage

Mais il y a bien pire, comme le dit lui-même Hervé Bertrand. Un animateur embauché par l’institut et chargé de surveiller les orphelins­­ l’aurait violé et battu «au moins une dizaine de fois».

«Il me mettait une camisole de force pour que je ne bouge pas. Il me frappait. Il me déshabillait et me forçait à lui faire des fellations. Il m’a sodomisé. Une fois, ça a duré une heure. Après, il m’a mis dans un bain froid, m’a essuyé et m’a renvoyé au dortoir», se remémore péniblement M. Bertrand en pleurant.

Hervé, alors âgé de 14 ans, passera un mois à l’hôpital. Un rapport médical de l’époque, dont Le Journal a pu prendre connaissance, évoque la «cautérisation des fissures anales» que l’adolescent a dû subir.

À son retour à l’institut, un abbé­­ intervient en faveur d’Hervé­­ et le fait transférer dans une école de métier, le Mont-Saint-Antoine. «J’étais sauvé de l’enfer.»

 Vie gâchée

Malgré la peur «terrible» qu’il ressent lorsqu’il quitte cette école à 18 ans, Hervé Bertrand réussit à trouver sa place dans la société. Le plombier se marie et a trois enfants.

«Mais ces viols-là, je n’en parlais pas. J’avais trop honte. Ça m’a pris beaucoup de temps», dit-il.

Cofondateur du comité de défense des orphelins de Duplessis, il a finalement été indemnisé, à hauteur de 20 000 $, par le gouvernement du Québec dans les années 1990.

«J’ai fait plusieurs plaintes à la police contre mon agresseur. Elles n’ont pas abouti. Ça m’a découragé de le poursuivre au civil. Il est mort maintenant.»

Malgré tout ce qu’il a subi, Hervé­­ Bertrand assure qu’il n’a pas perdu la foi. «Je prie pareil. Je continue de croire. C’est la soutane qui nous a fait ça, pas Dieu.»

LES SCANDALES DE PÉDOPHILIE AU SEIN DE L’ÉGLISE AU CANADA EN QUELQUES DATES

 1989

Le scandale de l’orphelinat Mount Cashel à Terre-Neuve éclate. D’anciens pensionnaires affirment y avoir subi des sévices sexuels. Une commission royale d’enquête confirme les allégations des victimes. Plusieurs religieux sont traduits en justice et 150 victimes sont indemnisées en 2003. Une poursuite civile est également en cours.

 1992

La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) publie un rapport sur les cas d’agression sexuelle, De la souffrance à l’espérance, et promet de s’attaquer à cette problématique.

 2001

Lancement du programme national de réconciliation pour les orphelins de Duplessis qui reçoivent une compensation financière du gouvernement. On estime qu’environ 5000 enfants, sous le règne de Duplessis, ont été étiquetés comme­­ étant des «malades mentaux» et internés dans des asiles. Plusieurs d’entre eux affirment avoir été agressés sexuellement.

2013

Plus de 200 victimes reçoivent une indemnisation allant de 10 000 $ à 250 000 $ de la Congrégation de Sainte-Croix, pour avoir subi des sévices dans les pensionnats du Collège Notre-Dame, du Collège de Saint-Césaire et de l’école Notre-Dame de Pohénégamook entre 1950 et 2001.

 2014

♦ D’anciens élèves des pères rédemptoristes du Séminaire Saint-Alphonse ont gain de cause dans un recours collectif. Ils recevront une somme totale de 20 M$.

♦ Le pape François s’excuse au nom de l’Église auprès des victimes. «Il est de mon devoir d’assumer personnellement tout le mal que certains prêtres ont fait. Ils sont nombreux, même s’ils sont peu nombreux par rapport au nombre total de prêtres dans l’Église. En mon nom, je demande pardon pour le mal qu’ils ont fait d’avoir agressé sexuellement des enfants.»

Pape François et Couillard

 Le pape François, que l’on voit ci-contre avec le premier ministre Philippe Couillard, a demandé pardon au nom de l’Église aux victimes des prêtres pédophiles en 2014.

2016

♦ Plus de 150 personnes sourdes ayant été agressées sexuellement par les Clercs de Saint-Viateur reçoivent 30 M$ en indemnisations.

♦ Une suite au document De la souffrance à l’espérance est en cours de réalisation pour donner de nouveaux outils à l’Église en matière de pédophilie et d’agressions sexuelles.

LE CHEMINEMENT D’UNE PLAINTE CONTRE UN PRÊTRE DE MONTRÉAL

 Réception de la plainte

♦ Si la personne est mineure, le diocèse de Montréal contacte la Direction de la protection de la jeunesse. Pour une personne adulte, elle lui recommande d’appeler la police.

 Traitement de la plainte

♦ Les allégations sont transmises à un comité consultatif au diocèse de Montréal, lequel est composé d’un policier, d’une avocate et d’un médecin. Le comité examine la plainte et il fait des recommandations.

♦ Le prêtre ou le membre du personnel visé est suspendu de ses fonctions.

♦ Parallèlement à l’enquête policière ou à la poursuite civile, une enquête de l’église, dite­­ canonique, a également lieu.

 Si la personne est reconnue coupable

♦ Elle est démise de son ministère et ne pourra plus jamais exercer comme prêtre, assure le diocèse de Montréal. Selon­­ Mgr Lépine, depuis au moins 15 ans, aucun curé n’a été replacé dans une autre paroisse après avoir été reconnu coupable.

♦ Dans certains cas, tous les contacts sont coupés avec le diocèse. Dans d’autres, une compensation financière est versée. «C’est du cas par cas», assure Mgr Lépine.

Catégories :Adoption

7 réponses

    • Il y a malheureusement plusieurs victimes dans cette page d’histoire, et malheureusement trop d’horreurs ont été vécues, alors que ces jeunes devaient être aimé et protégé, ce qui est loin d’avoir été le cas malheureusement.

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  1. Ping: Anonyme
    • C’est une très grande question Marilou, à laquelle je n’ai pas la prétention de pouvoir y répondre. Je me limite à dire que personnellement, je suis contente qu’on soit maintenant dans l’ère de la laïcité. Je crois toujours en l’humain malgré de tels drames, et j’ose espérer que la décadence humaine va s’améliorer. Je crois que chacun fait sa foi, qu’on l’appelle Dieu ou autre, et j’ai l’espoir que chacun soit un maillon déterminant pour le mieux-être et le bénéfice de tous.

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  2. Oui il y a un Dieu il me soutiens dans toutes mes épreuves,je suis âgée j’ai été battue , j’ai connu toutes les maladies possibles et pourtant je suis encore vivante …mes six sœurs sont mortes mon frère bien aimé est décédé le jour de mon anniversaire,il était handicapé a cent pour cent….mais il avait l’intelligence,je l’adorais,il est décédé a 20 ans ,

    Aimé par 2 personnes

    • Marilou vous avez toute ma sympathie face aux épreuves que la vie vous a infligé. Oui, moi aussi je crois et je sais qu’il y a un Dieu, voyez tout ce dont vous avez traversé, avec assurément beaucoup de courage et de détermination. Bravo à vous, et surtout gardez votre confiance en l’Univers Marilou. Vos anges qui ont quitté veillent sur vous et vous protège
      . Merci beaucoup pour votre partage.

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