Mes débuts scolaires à ville Jacques-Cartier

Mes débuts scolaires à ville Jacques Cartier       Extrait 13

Manon à l'école 

À mon grand étonnement, ma mère m’acheta une vraie paire de souliers pour ma cinquième année. Était-ce parce qu’ils ne vendaient pas de souliers lacés bruns là-bas, ou parce que je n’en avais plus besoin? Je ne saurais dire, mais j’étais très contente d’avoir enfin de vrais souliers. Pour ne pas indisposer ma mère pour qu’elle ne change pas d’idée, je me suis montrée très soumise, me contentant d’essayer la paire qu’elle avait choisie et achetée. J’avais la conviction que ces souliers allaient me faciliter la tâche pour l’intégration à ma nouvelle école et que ça enlèverait un certain poids sur mes frêles épaules. Croyez-moi, c’était bien le cas, car j’étais plutôt mince, selon les photos que j’ai vues de cette période.

De plus, je prenais conscience que je ne serais plus dans le giron des religieuses, sachant par mon amie Lucie qu’il n’y aurait pas de religieuses à ma future école et je me promettais bien de m’imposer dès le début. Par contre, à ma grande joie, il n’y aurait que des filles. J’étais prête à intégrer l’école Hélène de Champlain, alors que mon frère Gaétan irait à l’école Samuel de Champlain, qui était l’école pour les garçons. Tel qu’entendu avec Lucie la veille, je suis passée la chercher pour ce grand jour. Toutes deux avons été exaucées, car on nous plaça dans la même classe, à notre grand bonheur. La première journée se passa très bien, et le fait que mon amie Lucie était avec moi me facilita beaucoup les choses. Nous passions les récréations ensemble et par son intermédiaire, je connaissais d’autres élèves. Nous marchions ensemble pour le retour à la maison le midi, et je sentais que ça ne serait plus jamais pareil à cette école. Mes notes répondaient toujours à la norme d’excellence de mes parents, tout autant que l’aspect comportemental. Cependant mon mécanisme d’adaptation/survie était maintenant différent.

Le racisme était maintenant moins voilé, probablement parce que j’étais plus âgée, et il s’installait insidieusement au quotidien de façon verbale et non verbale. Je réglais maintenant ces différends de façon verbale, et si cela n’était pas suffisant, je n’hésitais pas à employer la méthode physique auprès de mes compagnes de classe. Bien sûr, en procédant ainsi, je décourageais certaines de mes compagnes qui auraient été tentées d’aller dans ce sens. De plus, cela impressionnait beaucoup mon amie Lucie, et cela me conférait un certain statut chez mes compagnes. Cela m’occasionnait à certains moments des visites chez la directrice, mais comme cela se passait après l’école, cela n’altérait en rien mon rendement comportemental qui était irréprochable en classe. J’étais passée de victime à caïd, du moins à l’école. Par contre, je continuais mon observation des autres, et je tentais toujours de me faire aimer, car ce besoin était très fort. Pour y arriver, je me disais que je devais être gentille, avenante et serviable. Quand les préjugés s’exprimaient à l’extérieur de l’école, je feignais de ne pas les entendre, car je n’avais pas de stratégies à ces moments.

J’aimais bien ma nouvelle école, mon amie Lucie, mes nouvelles amies, et ma maîtresse. J’aimais aussi quand je pouvais aller jouer chez Lucie, car j’aimais beaucoup sa mère et j’aimais jouer dans cette belle petite maison qu’avait construite son père, dans leur cour où on jouait avec son plus jeune frère et sa sœur cadette. On y jouait à toutes sortes de jeux, et il est arrivé que sa mère nous y apporte des sandwichs à l’heure du dîner, alors nous mangions dans notre maison bien à nous. Malheureusement, je ne pouvais pas y aller souvent, car ma mère n’acceptait pas que j’aille jouer dehors après l’école ni après le souper.

J’enviais mon frère Gaétan, qui lui pouvait. Il pouvait même partir jouer sitôt le souper terminé, n’ayant pas de vaisselle à faire lui.  Dans ma tête, j’ai toujours pensé qu’il le pouvait parce qu’il était un garçon, et je trouvais ça injuste. Aujourd’hui, je me dis que c’était peut-être parce qu’il était plus vieux. De toute façon, c’était sûrement mieux ainsi pour moi, parce que lui, il se faisait souvent chicaner. Je crois que c’était parce qu’il ne revenait pas toujours à l’heure, et certaines fois, ça lui attirait les foudres de mon père, lorsque ma mère lui en parlait.

© Manon Bélanger       13-06- 2018

 

 

Catégories :Extraits du livre

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