Steve Jobs, l’adopté le plus célèbre du monde ?

 

steve job   OSI Bouaké – DG – 18 Février 2012 –

Dans la rubrique : les adoptés dans l’espace publique : une biographie (pour tout vous dire, mon cadeau de noël…) de peut-être le plus célèbre des adoptés de la planète, et sans aucun doute le plus riche…

Extrait : « …Joanne Schieble venait d’une famille rurale du Wisconsin, d’origine allemande. Son père, Arthur Schieble, avait immigré dans les faubourgs de Green Bay ; Avec sa femme, ils eurent un élevage de visons et menèrent avec succès d’autres activités, allant de l’immobilier à la photogravure. Arthur Schieble était très strict, en particulier au sujet des fréquentations de sa fille ; Il s’était fortement opposé à son premier amour, un artiste qui n’était pas catholique. Il était donc prévisible qu’il menace de couper les vivres à Joanne lorsqu’il apprit, alors qu’elle était étudiante à l’université du Wisconsin, qu’elle était amoureuse d’un certain Abdulfattah « John » Jandali, un maître assistant musulman originaire de Syrie. Jandali était le benjamin d’une riche famille syrienne de neuf enfants. Le père possédait des raffineries d’huile d’olive et une armada d’entreprises, ayant de grandes propriétés à Damas et à Homs qui décidaient quasiment du cours du blé dans la région.

Comme les Schieble, les Jandali accordaient une importance cruciale à l’éducation ; depuis des générations, les Jandali envoyaient leur progéniture étudier à Istanbul ou à la Sorbonne. Abdulfattah partit dans un internat jésuite, bien qu’il soit musulman, et décrocha un diplôme à l’université américaine de Beyrouth, avant de venir à la faculté de sciences politiques du Wisconsin en tant que doctorant.

En 1954, Joanne se rendit en Syrie avec Abdulfattah. Ils passèrent deux mois à Homs, où elle apprit, avec les femmes de la famille, à préparer des plats syriens. Lorsqu’ils revinrent aux États-unis, Joanne sut qu’elle était enceinte. Ils avaient tous les deux vingt-trois ans, mais ils décidèrent de ne pas se marier. Le père de Joanne se mourait à l’époque, et il avait menacé de déshériter sa fille si elle épousait Abdulfattah. L’avortement était une solution compliquée dans une petite communauté catholique. Alors, au début de l’année 1955, Joanne fit le voyage jusqu’à San Francisco, pour consulter un médecin magnanime qui s’occupait des filles mères, mettait leur enfant au monde et trouvait discrètement des familles adoptives pour leurs bébés. Joanne ne posa qu’une seule condition : son enfant devait être adopté par des gens ayant fait des études supérieures.

Le médecin dénicha donc, pour famille d’accueil, un avocat et son épouse. Mais à la naissance du bébé — le 24 février 1955 — le couple décida qu’il voulait une fille et se désista. C’est ainsi que le garçon devint le fils non d’un avocat, mais d’un mécanicien et d’une comptable. Paul et Clara appelèrent leur bébé Steven Paul Jobs.

Il demeurait, néanmoins, la condition de Joanne. Quand elle découvrit que son enfant avait été placé chez des gens qui n’avaient même pas terminé leurs études secondaires, elle refusa de signer les papiers d’adoption. La situation resta bloquée pendant des semaines, longtemps après que le petit Steve fut installé chez les Jobs. Finalement, Joanne revit a la baisse ses exigences, et demanda, simplement que le couple promette — et signe cet engagement noir sur Blanc de créer un fonds de financement pour pouvoir envoyer le garçon à l’université. Une autre raison expliquait les réticences de Joanne à signer les papiers de l’adoption. Son père allait mourir, et elle comptait épouser Jandali aussitôt après le décès.

Elle avait le secret espoir — comme elle le confiera plus tard à son fils en éclatant en sanglots — qu’une fois mariée, elle pourrait récupérer son enfant. Arthur Schieble mourut en août 1955, quelques semaines après l’adoption officielle de l’enfant. Juste après Noël, la même année, Joanne et Abdulfattah Jandali se marièrent à l’église catholique apostolique de St. Philip, à Green Bay. Abdulfattah eut son doctorat en sciences politiques l’année suivante ; et il vint un autre enfant, une fille nommée Mona. Après leur divorce en 1962, Joanne s’égara dans une vie nomade que sa fille — qui devint la grande écrivaine Mona Simpson — narra dans son poignant roman, « N’importe oh sauf ici ». Mais comme le placement de Steve avait été consenti sous X, il faudra vingt ans pour que mère et fils se retrouvent.

Steve Jobs sut, depuis son plus jeune âge, qu’il avait été adopté. Mes parents ont été très francs avec ça. Il se revoyait, à six ou sept ans, assis dans l’herbe devant la maison, raconter ça à une file qui habitait de l’autre cote de la rue. « Tes vrais parents ne voulaient donc pas de toi ? » répliqua alors la fille « ça a été comme un coup de tonnerre dans ma tête, me confia Jobs. Je me souviens avoir couru dans la maison, en pleurs. Et mes parents m’ont dit : « Non, tu n’as pas compris. » Ils avaient un air solennel et ils me regardaient droit dans les yeux : « Nous t’avons choisi, toi. » L’un après l’autre, ils m’ont répété ça, lentement, en insistant sur chaque mot. Abandonné. Choisi. Ces deux notions devinrent intimement liées à la personnalité de Jobs et à la façon dont il considérait sa place dans le monde.

Ses amis les plus proches pensent qu’avoir appris, si jeune, qu’il avait été abandonné à la naissance avait laissé des cicatrices indélébiles. Son besoin d’avoir la maîtrise totale dans tout ce qu’il entreprend vient de cette blessure, analyse Del Yocam, un ancien collègue d’Apple. Il veut désormais contrôler son environnement ; pour Steve, le produit est une extension de lui-même. »

Greg Calhoun, qui deviendra ami avec Jobs juste après sa sortie du Collège Reed, y voit un autre effet : Steve m’a souvent parlé de cette souffrance de l’abandon. C’est ça qui le rendait si indépendant. Il suivait un autre rythme que nous, parce qu’il venait d’un monde différent du nôtre. Plus tard dans la vie, quand il eut précisément l’âge auquel son père biologique l’avait abandonné (vingt-trois ans), Steve Jobs fit de même avec son propre enfant — même si, après quelques années, il en assumera la paternité.

Pour Chrisann Brennan, la mère de l’enfant en question, ce traumatisme personnel avait laissé chez Jobs plein d’éclats de verre », et expliquait une grande part de son comportement. « Il a reproduit le schéma paternel », disait-elle. Andy Hertzfeld, qui travailla étroitement avec Jobs dans les années 1980, fut l’un des rares à être resté proche à la fois de Chrisann Brennan et de Steve Jobs. « Le plus étonnant chez Steve, c’est qu’il ne peut s’empêcher d’être cruel envers certaines personnes — une sorte de réflexe pavlovien. La clef du mystère, c’est le fait d’avoir été abandonné a la naissance. Cette déchirure a laissé une marque indélébile, c’est là tout le problème.

Jobs réfute cette hypothèse : « Certains disent que c’est pour ça que j’ai travaillé très dur… pour que mes parents biologiques regrettent de m’avoir laissé en chemin, ou je ne sais quelle autre explication fumeuse. C’est ridicule. Savoir que j’ai été adopté m’a peut être rendu plus indépendant, mais je ne me suis jamais senti abandonné — juste différent. Ce sont mes parents qui m’ont donné cette force. Ce sont eux qui m’ont convaincu que j’étais quelqu’un de spécial.

Plus tard, il se hérissera chaque fois que quelqu’un fera référence à Clara et Paul comme à ses parents adoptifs », ou laissera entendre que ce n’étaient pas ses « vrais » parents. C’étaient mes parents a 1 000 pour cent », dit-il. Et quand il évoquait ses géniteurs, il pouvait être cinglant : « Ils ont été ma banque de sperme et d’ovules — cela n’a rien de méchant ; c’est juste la vérité : des donateurs de gamètes, c’est tout ce qu’ils sont — rien de plus… »

Pour le reste même si le livre n’est pas très bien écrit, il permet de se faire un point de vue sur les années 70/80 et voir comment des gens comme Steve Jobs ont  été les fossoyeurs des rêves de changement d’une époque, comment ils ont fait entrer en force, la contre-culture des années 70, dans le rang de l’économie capitaliste… et de découvrir la tyrannie sans limites d’un homme que beaucoup considèrent comme un guide spirituel…

Steve Jobs de Walter Isaacson 668 pages Editeur : JC Lattès (25 octobre 2011) Collection : Essais et documents Langue : Français ISBN-10 : 2709638320 ISBN-13 : 978-2709638326

Publié sur OSI Bouaké le samedi 18 février 2012

Ma page Facebook  Manon Bélanger auteure

                                Thèmes : racisme et adoption

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Catégories :Adoption

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