Pourquoi Ni noire Ni blanche?

 

Ce titre est celui que j’ai retenu pour mon livre et pour mon blogue. Sachez qu’il n’a pas été facile de le trouver, car j’en avais une trentaine, accumulé au fil des jours et de mon écriture. Je n’aurais jamais pensé que cela serait laborieux, mais ce le fut pour moi.

Que signifie-t-il pour moi, que représente-t-il et finalement pourquoi est-ce celui que j’ai retenu. Dans mon manuscrit, je raconte ma vie  à partir des deux volets qui m’habite, soit l’adoption et le racisme. Tout d’abord, la question que je me suis posée a été la suivante : quel est le volet qui m’a le plus heurtée et dérangée dans ma vie. Si plus jeune, j’avais eu en main une baguette magique, qu’aurais-je souhaité changer? Ma couleur ou mon adoption? Mon choix n’a pas été difficile à faire, comme vous l’avez compris, c’est ma couleur, d’où le titre ci-haut mentionné. Je ne vous dis pas que l’adoption ne m’a pas du tout dérangé, mais je pouvais davantage composer avec cette réalité, car j’ai développé des stratégies afin que cela demeure une zone personnelle comme vous pourrez le lire ultérieurement. Comme vous le savez, on se définit et on se fait également définir par le regard d’autrui. Ma situation d’enfant abandonné et adopté n’était pas visible, alors qu’il en était autrement pour ma couleur, et sur ce point, je n’avais aucun pouvoir, et je ne pouvais utiliser aucun subterfuge, pour camoufler cette réalité.

Vous serez tous d’accord avec moi que je ne suis pas blanche. Alors suis-je noire? Certains diront que je suis métisse, d’autres diront que je suis mulâtre, alors que pour d’autres, je suis noire. Je crois que toutes ces réponses sont bonnes, même si personnellement, je me considère une mulâtre, car je suis issue d’une mère blanche et d’un père noir. Peu importe votre réponse, nous serons tous d’accord que je fais partie d’un «  groupe sélect » appelé minorité visible. Remarquez que quand je dois compléter certains documents où on doit cocher notre race, et bien dans ces cas, je n’ai pas le choix, je coche race noire. Par contre, quand on doit inscrire la nationalité, j’indique Canadienne.

Ce qui vient un peu complexifier le tout, c’est que j’ai été adopté par une famille québécoise, donc par une famille blanche. Mes frères, ma sœur, mon père et ma mère étaient tous des blancs; tout mon entourage était blanc. Les premières personnes de couleur que j’ai vues, ont été deux enfants âgés de deux ans que mes parents adoptifs ont accueillis à titre de famille d’accueil alors que j’avais onze ans, et les premiers adultes de couleur que j’ai vue, c’était à l’expo 67, alors que j’avais douze ans. Je me disais que certains d’entre eux devaient être mes parents, car je ne savais pas à ce moment que ma mère était blanche.  Je savais depuis ma première journée d’école que je n’étais pas blanche, j’étais toujours l’exception  partout où je me trouvais; à l’école, dans les majorettes, dans les jeannettes, dans les magasins, sur la rue, mais je vivais qu’avec des blancs. Sans le regard d’autrui, je crois, bien que j’aurais pu me croire blanche !

Non je ne suis pas blanche, mais dans ma tête, dans mon cœur et dans mon âme, je ne suis pas non plus une noire; je n’ai pas leur histoire, je n’ai pas leur culture, leurs croyances, leur mode de vie, ni leur religion, ni leur langue. Eux le savent que je ne suis pas l’une des leurs, moi aussi je le sais, mais les blancs ont persisté à me voir comme une noire, une immigrante pour plusieurs, et me voir nécessairement comme quelqu’un qui vient d’ailleurs. J’en profite pour vous dire que l’un de mes titres était « Ni d’ici, ni d’ailleurs », cela démontre bien  que les années ont fait leur œuvre. La preuve en est que quand une personne me demande de quelle nationalité je suis, on ne se contente pas de ma réponse qui est  canadienne, car inévitablement, une deuxième question m’est posée, mais tes parents eux d’où viennent-ils? Encore aujourd’hui, c’est encore ce qu’on me demande trop souvent. On me fait ainsi comprendre que ma réponse n’a pas de sens, qu’à défaut de venir d’ailleurs, mes racines sont nécessairement d’ailleurs. En ces occasions, j’ai toujours le sentiment qu’on veut m’aider à comprendre et à accepter que je ne sois pas d’ici…Il n’est pas facile de vivre nos différences dans ce monde, bien évidemment, moi je vous parle de l’une des miennes, alors que certains d’entre vous pourraient tout aussi bien nous parler de la leur.

J’imagine que vous comprenez maintenant ce que ce titre représente et ce qu’il signifie pour moi, et vous comprenez maintenant pourquoi je l’ai choisi.

 

Manon Bélanger

 

 

Catégories :Lecture

10 réponses

  1. Bonjour Manon,
    Je reconnaîs ta plume. Tu te souviens de plume noire ?
    Je pense comprendre un peu les sentiments qui t’ont habités à la petite enfance. J’ai hâte de lire ton livre.
    France

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  2. Bonjour Manon,
    C’est avec des larmes aux yeux que j’ai pu terminer la lecture de ce récit. Le titre est très accrocheur et convient parfaitement au vécu de l’auteur. J’ai hâte de lire la suite.
    MARIE

    Aimé par 1 personne

  3. pour moi mon amie tu es une canadienne et une Québecoise. Effectivement j’ai bien remarquée
    qu’importe la sortie que nous fessions tu était toujours la seule personne de race noire .Un jour tu ma donnée l’occasion de voir ce que tu pouvais ressentir en m’invitant a aller avec toi sur ta coiffeuse qui ne coiffe que des gens de couleurs , j’étais donc seul dans cette place a être blanche, j’avoue que je me sentais pas bien et très petite ,personne ne me parlais ,j’avais hâte de sortir delà.Alors je peu imaginer un peu ton vécu .Pour moi ta couleur ne ma jamais dérangé, je sais que tu es une bonne personne.

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    • Merci pour ce témoignage, qui met en relief la situation inverse vécue par une personne de race blanche. Cela t’a permis de vivre en l’espace d’une heure le vécu d’être une minorité visible, donc une belle opportunité de cerner cette réalité, et de t’y sensibiliser. Plusieurs auraient avantage de vivre une telle expérience…Je dois ajouter qu’on ne me parlait pas vraiment non plus, on se limitait qu’à faire ma coupe de cheveux, car elles savaient que je n’étais pas de leur monde comme je l’ai mentionné dans l’article. Heureusement, je ne me déplace plus à Montréal pour une coupe de cheveux depuis environ trois ans, ayant enfin trouvé une coiffeuse qui est à l’aise avec des cheveux frisés dans ma région, ce que j’apprécie beaucoup.

      Merci beaucoup pour ce partage

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  4. Lundi après-midi, j’ai fait une belle rencontre en allant faire changer les pneus de ma voiture…. Manon Bélanger! Quelle belle personne, elle gagne à être connue et très certainement lue! Merci Manon, tu as fait de ce moment un ravissement!

    Sonia Caron

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    • Bonjour Sonia, merci pour ce très beau commentaire qui est très stimulant et très apprécié… j’ai également beaucoup apprécié ces moments passés ensemble, qui, il est vrai furent un ravissement. On ne doit pas s’en étonner, car il en est toujours ainsi quand deux belles personnes se rencontre.
      Au plaisir…

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